Ferdinand Pire – L’ECHO 22 mai 1998

Ferdinand Pire
… Ferdinand

Après sa récente et émouvante exposition rétrospective à l’Abbaye de Forest, il y a quelques mois, le peintre Ferdinand Pire Ferdinand se trouve accueilli aujourd’hui au Grand Sablon, dans la petite mais très attentive galerie Saint-Jacques, toujours prête à prendre le Vent.
Ferdinand Pire Ferdinand est né à Bruxelles en 1943 et sa carrière s’y est affirmée, malgré plusieurs longs séjours à l’étranger, avec beaucoup de tact, de sérieux et de sensibilité. Il s’est installé à Bruxelles dans un logis-résidence-atelier-caverne d’Ali Baba, lieu magique où il faut marcher des kilomètres pour passer de l’avant à l’arrière et d’un étage à l’autre.
Il était à la pointe du combat et du succès, et voilà un beau jour, il entre dans le silence, prend de bonnes et longues vacances en Espagne, gardant néanmoins de fidèles contacts avec ses amis belges. Aussi continua-t-on à commenter son œuvre, et notamment son adhésion à la peinture sous verre, qui fit la renommée de Floris Jespers, dont il assura miraculeusement la continuité fidèle et passe respectueuse. Cette technique difficile, que l’on désigne sous le nom d’«églomisé», où aucune correction n’est possible puisque la première touche est aussi la dernière pour le motif qu’elle est dessous le verre, et que c’est à travers celui-ci qu’on la perçoit. Un risque constant de mal faire exige une grande tension de la part de l’artiste qui doit aussi bien mesurer son coup, si l’on peut dire. A l’abri de cette protection transparente, le créateur fait naître, hors des couches de peinture superposées, une magie infinie d’or, de bleus graves, de beiges rosés, de verts et d’argent.
On pourra constater, dans ses œuvres récentes, une présence importante de peintures à l’huile, rendues très lisibles par la sérénité du camaïeu gris ou beige, où le dessin apparaît avec une acuité étonnante. Élégance du geste, audace dans l’ordonnance des personnages. «L’amazone», «le mouvement perpétuel», «la chorégraphie» s’entourent d’une ambiance délicate et paisible, tandis que les églomisés plus stylisés, scintillants, évoquent en des tons de cobalt «la vie de l’artiste» ou «la femme très belle». On sera sensible à cette peinture d’une grande finesse et d’une sensualité amicale, dont le coloris est à la fois secret et apaisant.
L’artiste, qui partage son temps entre Bruxelles et Malaga, commence à signer simplement «Pire» ses œuvres récentes, et semble décidé à déposer au vestiaire ses ailes «Ferdinand». Son exposition actuelle, qui groupe des œuvres choisies avec beaucoup de discernement, est une rassurante démonstration de sobriété, de subtilité et de discrétion. On s’avise de la place qu’il occupe.

L’ECHO 22-5-98

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